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"Quand le premier bébé a ri pour la première fois, son rire a éclaté en mille morceaux et ce fut le commencement des contes de fées."
James Matthew Barrie, Peter Pan
 

 "Athée pieds. Voilà ma religion. " 
Elie Semoun




Sale Gosse !  est mon espace, entièrement rempli de suffisance, de mégalomanie et totalement dépourvu de sérieux, où je vous présente mes Chefs d'Oeuvres littéraires et artistiques ! Car mon plus grand rêve (et il se réalisera j'en suis sûre) est de devenir écrivain célèbre! (Et aussi accessoirement scénariste, sorcière, costumière, pirate, metteur en scène, mousquetaire, illustratrice, princesse, fée et actrice... comment ça c'est pas possible?) Oui oui, célèbre, l'adjectif est nécessaire et obligatoire...

Sale Gosse !  est ouvert à tous, gros, maigres, moches, beaux, jeunes, vieux, goths et pompom girls, croyants et athées, jaunes, blancs, noirs et bleus, mais attention, Sale Gosse! est déconseillé (et non pas interdit, quand même) aux cons!

N'hésitez pas à me laisser vos critiques, surtout méchantes, j'adore ça !


 
Samedi 31 octobre 1909

Mercredi 10 Décembre 2008 à 09:17

Publié par Melle Psyche dans News

 

 
 

Une de mes nouvelles est publiée chez Oniris, cette fois-ci directement dans la catégorie "Merveilleux/Fantastique" sans passer par la case "Apprentissage".

J'aime particulièrement cette nouvelle, qui date de ma période "Edgar Allan Poe"^^ (En bref surnaturel/VincentPrice/Jackl'éventreur/meurtresanglant/Londres/XIXème siècel/gothique quoi) Il y a quelques fautes sur celle du site, que j'ai corrigées par la suite.

Si vous pouviez me laisser vos commentaires, cela me ferait très plaisir, mais pour cela, il faut s'inscrire sur le forum... Si vous n'en avez pas envie, vous pouvez toujours me les laisser ici!

Samedi 31 octobre 1909

You tube

Mercredi 05 Novembre 2008 à 17:25

Publié par Melle Psyche dans News

                     Je viens de m'ouvrir un compte sur youtube, vu que je me mets à la vidéo... Pour l'instant c'est un peu pitoyable ^^

                                                                                               Mademoiselle Mars

 

Keira Knightley

Dimanche 09 Avril 2006 à 11:41

Publié par Melle Psyche dans News

 

Sur cette photo c'est Keira Knightley mais vous ne trouvez pas qu'il y a un faux air (et même un vrai) de Winona Ryder? Etrange... vous avez dit bizarre? Comme c'est bizarre...

j'ai surtout remarqué cette ressemblance en regardant Orgueil et Préjugés, comparé aux 4 filles du Dr March

 

Keira Knightley et Matthew MacFadyen            

 

Et dans la lignée des ressemblances bizarres: Est-ce Keira, ce joli sourire? Eh non, c'est Edie Sedgwick, actrice et muse d'Andy Wahrol... marrant, non?

 

 

 

Dernière video
 
En chair et en noces

Jeudi 25 Juin 2009 à 12:32

Publié par Melle Psyche dans Mes trucs à ouam question listesratures

 

            Je suis sur le point de me marier. Demain, le 5 juin pour être très précise, je vais épouser Michaël. J'aime Michaël. Il me rassure. Je peux compter sur lui. Cela fait trois ans qu'on est ensemble et environ un an que l'on prépare cette journée. A vrai dire, que je prépare cette journée. Je me rends compte maintenant que Michaël n'a pas souvent été présent. Il est commercial il faut dire. Je ne le vois pas beaucoup. J'ai plus souvent eu affaire à son numéro de portable, ces derniers temps, qu'à lui en chair et en os. Pour choisir l'emballage des dragées, le graphisme des menus, et même ma robe, on l'a fait par MMS. Au fil des jours, tout m'a un peu échappé. Cela faisait si longtemps que j'attendais cette journée, et elle arrive enfin...

            Quelque part, je suis soulagée. Tout ce tintouin va être enfin terminé. On va pouvoir enfin fonder une famille... Du moins, quand Michaël aura décroché le poste de responsable qu'il souhaite, car ces derniers temps, c'est un peu incertain pour nous. Parce que je vais devoir arrêter de travailler. On a tout planifié: on aura deux enfants, un garçon et une fille, qui auront moins de trois ans de différence d'âge, pour les allocations familiales. On achètera une maison en campagne et je passerai mon permis pour pouvoir aller les chercher à l'école et les emmener à leurs activités. Théo fera de l'escrime et Julie de la danse classique. Je la vois déjà, dans son petit tutu... Notre vie est toute tracée. C'est rassurant.

            Je me souviens, quand j'étais petite, je rêvais de me marier pour avoir l'impression d'être une princesse. Il va falloir tellement faire de choses le 5 juin que je n'aurais, je crois, pas le temps de penser une seconde que c'est sensé être le plus beau jour de ma vie et que je serais une princesse. Il va falloir gérer le scandale que provoquera immanquablement la présence de mon père, le timing des traiteurs, les tensions entre les deux belles familles, le groupe de musiciens, le frère de Michaël qui a tendance à picoler... Rien que de penser au barouf qu'il pourrait faire, j'en tremble d'avance... Et il n'y a pas que ça... Le pire, je crois, ça va être d'affronter la mère de Michaël qui va tirer la tronche toute la journée, je l'imagine déjà, parce que j'ai catégoriquement refusé qu'on se marie à l'église. C'est, je crois, la seule concession que je n'ai pas faite... En échange, j'ai du accepter de porter la robe qu'elle a choisie, parce qu'elle avait absolument tenu à m'accompagner ce jour-là. Ma mère n'avait pas pu. C'est une vraie robe de princesse: la jupe est si large qu'elle pourrait servir de chapiteau de cirque. Une vraie meringue. J'ai fait également l'impasse sur le choix du photographe: ce sera le père de Michaël, et pas mon petit frère comme j'en rêvais au début. Il a été déçu, c'est sûr, mais il a bien compris que c'était pour la bonne cause et qu'avec ses photos conceptuelles et en noir et blanc, il ne pourrait prétendre déloger de sa place le photographe attitré des grandes occasions.

            Je n'ai pas pu non plus faire un repas méditerranéen, parce que la famille de Michaël vient de Meuse profonde: ce n'est pas la tradition chez eux. Il leur faut leur trou lorrain et leur montagne de choux caramélisés en pièce montée. C'est dommage... j'aurais bien aimé ces gâteaux à plusieurs étages, tout blanc, comme dans les films, avec de jolies roses en pâte d'amande. C'est quand même étrange de penser qu'on va rassembler tous les gens de sa famille pour leur montrer qu'on va vivre ensemble toute notre vie. Toute ma vie... j'ai un peu peur. Il y a tellement de choses que j'aurai voulu faire. J'ai l'impression que demain, une porte va se fermer derrière moi. D'habitude, je regarde seulement ce qui se passe devant.

            Ça y est, c'est le grand jour. Marie, mon témoin, m'a aidé à mettre ma robe et à me coiffer. Elle a mis tant de laque pour faire tenir les boucles que j'ai les yeux qui piquent. Mon maquillage coule, et elle l'essuie, professionnelle. Je me regarde dans le miroir, avec ma robe meringue et mon bouquet dans les mains, j'ai l'air coincée... Mais j'ai l'air d'une princesse. Je souris. Je vais me marier. Dans le coin, nos valises sont prêtes, parce qu'on part en voyages de noces tout de suite après la cérémonie. On va à Majorque. Ça va être terriblement romantique... Excepté que ce n'est pas la saison, mais les billets étaient moins chers. Michaël les a eu avec son CE. J'ai bien fait attention de les poser en évidence sur le meuble d'entrée de l'hôtel. Il ne faut pas les perdre.

            J'avance dans la mairie. Tous les regards se tournent vers moi. J'ai un trac fou. Puis un pincement au coeur... en voyant que maman a l'air triste. Elle ne devrait pas... Je lève les yeux vers Michaël. Il est resplendissant dans son costume blanc. Il l'a changé au dernier moment. C'était un noir qu'il avait avant, je l'aimais mieux, mais il se sentait mal à l'aise dedans.

 

 

 

            Et puis là, devant le maire, une peur atroce s'empare de moi. Elle me vrille l'estomac. Je fais demi-tour, je marche, je ne regarde personne, puis je cours, je claque la porte derrière moi, je cours encore, grisée, de plus en plus vite, jusqu'à l'hôtel. J'arrache ma robe, j'enfile un jean et un t-shirt en quatrième vitesse. Soit plus rapide, Elsa, ils risquent d'arriver! L'adrénaline me fait voler! J'empoigne ma valise et mon billet sur le meuble d'entrée, je sors de l'hôtel, personne! Vite, cours, Elsa! Il y a Michaël qui arrive au coin de la rue! Je m'engouffre dans un taxi, demande l'aéroport au chauffeur, et là, en voyant dans le pare-brise arrière de la voiture les têtes de la noce qui déboule derrière Michaël, j'éclate de rire! Pourquoi, je n'en sais rien, mais ça me fait un bien fou! Le chauffeur rit avec moi, il ne doit rien comprendre. Je ris, je ris encore, mon maquillage coule, mais je le laisse faire. En jetant un dernier regard derrière moi, je m'aperçois que maman sourit... Je m'assoie bien droite, et ne regarde plus une seule fois en arrière.

            Je suis dans l'avion. J'ai changé le billet. Je vais en Irlande. J'en ai toujours rêvé. Je ne sais pas ce que je vais y faire, mais je m'en fiche. Majorque ne m'a jamais plue. Ma vie n'est plus toute tracée, ce n'est pas rassurant, c'est vrai... Je n'ai plus Michaël à mes côtés, mais je me sens bien! Si bien! Si libre! Si vivante! Je ne sais pas combien de temps ça va durer, je ne sais pas si j'aurais des gosses, s'ils s'appelleront Théo et Julie, je ne sais pas si j'aurais de maison à la campagne... En fait, je ne sais rien... Excepté que je ne suis pas faite pour être une princesse.

            Mon portable vibre. C'est le numéro de Michaël. Je l'efface, éteins mon téléphone pour au moins trois mois et regarde par le hublot. Les nuages ressemblent à des meringues, et ça me fait rire.

Adam et Eva

Mardi 23 Juin 2009 à 12:40

Publié par Melle Psyche dans Mes trucs à ouam question listesratures

Adam et Eva

 

Hollywood, 1942

 

 

            Cette année-là, le monde ne se portait pas bien, on pouvait même dire qu'il ne tournait pas très rond. Mais Eva O'Flaherty s'en fichait totalement : elle était L'actrice, la star du moment. Tout lui réussissait: sa carrière semblait guidée par une bonne étoile, sa famille ne lui posait pas de problème puisqu'elle ne la voyait plus, ses finances étaient au beau fixe, et tous les hommes étaient à ses pieds. Ce soir-là, Eva avait rendez-vous avec son petit ami du moment, un acteur de second rôle, un joli petit blond du nom de William.

            C'était la première fois de sa vie qu'Eva était amoureuse. Elle avait pourtant connu beaucoup d'hommes avant lui, mais aucun ne lui avait, comme lui, fait considérer l'avenir avec autant d'intérêt. Jusque là, elle s'était surtout amusée. Mais elle qui avait toujours vécu au jour le jour et brûlé sa vie par tous les côtés, faisait des projets pour la première fois. Elle se voyait déjà mariée, détentrice de deux Oscars, et, par souci de symétrie, de deux adorables bambins répondant aux savoureux prénoms de John, et Jane.

            Eva se regarda une dernière fois dans la glace, jugea qu'il n'était pas nécessaire de retoucher son maquillage et sa coiffure déjà impeccables, et se mit en route après avoir enfilé son manteau et posé savamment son chapeau sur sa tête. Dehors, il faisait déjà nuit, le froid était vif et les lumières de Noël, installées depuis deux jours, éclairait les rues presque vides.

            Arrivée au restaurant, qui portait le nom bien choisi de « Rendez-vous », Eva admira quelques secondes son reflet dans la vitre, parfait depuis ses vagues blondes jusqu'à ses salomés si bien cirés qu'elle pouvait se voir dedans, avant de s'apercevoir que William avait déjà pris place à l'intérieur et qu'il était justement en train de la regarder de l'autre côté de la vitre. Elle lui sourit et poussa la porte du « rendez-vous ». Un serveur vint la débarrasser de sa fourrure et lui indiqua la table de William, qui se leva à son arrivée.

-         Tu ne m'embrasses pas ? Demanda la jeune femme, voyant que William hésitait. Il s'approcha d'elle et l'embrassa sur les deux joues, nerveux.

            Instinctivement, Eva sentit dès cet instant que quelque chose, par la suite, allait mal se passer. Et en effet, après deux ou trois banalités échangées, au moment où l'on apportait les entrées, William lui annonça qu'il la quittait. Tout d'abord, Eva ne dit rien. Elle essaya juste de comprendre pourquoi son estomac se retournait alors qu'elle regardait sa salade niçoise, que d'ordinaire elle adorait. Puis, les sentiments divers qui l'assaillirent, haine, tristesse, douleur, incompréhension, s'écartèrent pour faire place à une pensée plus nette: le seul homme qu'elle avait jamais vraiment aimé ne voulait pas d'elle.

            Eva ne toucha pas à l'entrée, ni au plat principal, ni même au dessert, ce qui était contraire à ses habitudes, et tous les plats repartirent intacts en cuisine. Eva écouta William débiter ses excuses sans les entendre, ne dit rien, ne reprocha rien, ne protesta pas, ne pleura pas même une larme. Ce fut seulement quand le serveur, à la fin de son service, vint lui demander un autographe, qu'elle explosa. Elle hurla Non ! Non ! Non ! trois fois, et ressortit du « rendez-vous » en courant.

            Dans la précipitation, le talon de sa chaussure droite se brisa sur la marche du restaurant. La demande du serveur l'avait mise dans une colère intense, alors que d'habitude elle adorait ses admirateurs : tout le monde lui demandait des autographes, baisait les pavés sur lesquelles elle marchait, idolâtrait le moindre de ses gestes, excepté William ! Eva enleva son escarpin cassé et arriva en claudiquant jusqu'à la splendide maison que la Warner, pour qui elle était sous contrat, lui avait gracieusement mise à disposition.

            Eva regarda le ciel un instant et soupira : la lune était voilée d'épais nuages. Elle frissonna et se rendit compte qu'elle avait froid parce qu'elle avait oublié sa fourrure au restaurant. Rentrant chez elle, de rage, elle claqua la porte et lança ses escarpins à l'autre bout de la pièce. L'un d'eux, celui avec le talon cassé, alla frapper un vase plein de roses qu'un énième admirateur lui avait envoyé. Les roses s'étalèrent par terre et l'eau imbiba rapidement l'épaisse moquette. Le chapeau d'Eva suivit le même chemin que ses chaussures. La douleur qu'elle ressentait donnait à la jeune femme envie de tout casser. Elle voulait à la fois pleurer, crier, et rien ne sortait d'elle. Désespérée, Eva se retourna et se regarda un instant dans la glace. À quoi cela avait-il pu bien servir de passer des heures à se maquiller ? Il l'avait quittée tout de même. Et à qui cela allait-il servir, maintenant ? À une foule de visages inconnus ?

            Eva passa ses mains sur sa figure et frotta vigoureusement son visage. Le rouge et le noir se mêlaient maintenant sur ses doigts. Sur la table de son salon, Edward, son agent, avait déposé les envois de ses admirateurs du jour : une pile de lettres, comme d'habitude, deux bouquets de fleurs, dont celui qui était désormais par terre, et une bouteille de champagne offerte par le partenaire de son dernier film pour fêter leur succès commun. Eva dégrafa sa robe et la laissa à l'endroit où elle se déshabilla, au milieu du salon, prit la bouteille qu'elle déboucha d'une main experte et l'emporta dans la salle de bains. Elle fit couler l'eau, enleva ses sous-vêtements achetés pour l'occasion, alla les jeter à la poubelle, et sans attendre que l’eau ait tout rempli, s’allongea dans la baignoire.

            Elle regarda l'eau et la mousse monter doucement et entourer, cacher une à une ses formes douces et parfaites, comme juste sorties des mains de Pygmalion. L'eau chaude agit sur elle comme un calmant, et ce fut seulement à cet instant-là qu'elle fut capable de pleurer. Gorgée de champagne après gorgée, larme après larme, toutes ses pensées s'enfuirent loin d'elle, et la douleur avec.

            Cet homme, finalement, n'était pas pour elle, puisqu'il n'avait pas été capable d'apprécier tout ce que d'autres brûlaient d'avoir. Et dire qu'elle n'était même pas comme toutes ces autres starlettes montantes, capricieuse et exigeante... Peut-être que si elle l'avait été, il ne l'aurait pas quittée ? Eva venait d'Irlande, d'une famille pauvre qui l'avait élevée dans le respect des valeurs, ce qui lui avait fait garder les pieds sur terre.

            Le champagne commençait maintenant à lui tourner la tête et ses pensées n'étaient plus aussi claires : les excuses de William lui revenaient comme une ritournelle et elle se demanda maintenant il n'en aimait tout simplement pas une autre. Mais quelle femme pourrait être mieux qu'elle? On ne quittait pas Eva O'Flaherty ! Elle se mit à ricaner : peut-être préférait-il les hommes ?

Après tout, c'était tout de même plus simple d'être un homme : on pouvait connaître autant de femmes qu'on voulait sans craindre de tomber enceinte et quitter celles-ci sans remords. La bouteille de champagne était vide maintenant, et le bain était froid. Eva s'endormit.

 

            Trois coups sourds. Le silence. De nouveau trois coups, plus forts. La tête d'Eva était sur le point d'exploser. On frappait à sa porte. Elle ouvrit les yeux. Tout était flou, elle avait froid. Tant bien que mal, elle essaya de sortir de la baignoire. Son corps était lourd. Elle attrapa son peignoir et l'enroula comme elle put autour d'elle. Il avait l'air d'être trop petit. Les coups continuaient. A cette façon de frapper, Eva reconnut Edward. Elle n'avait aucune envie de lui ouvrir, elle avait trop mal à la tête, mais il fallait qu'elle le fasse; il était bien capable de rester là à frapper toute la matinée.

-         Bonjour, est-ce que Eva est là? Demanda l’agent quand la porte fut ouverte.

-         Je sais que je suis laide sans maquillage, mais quand même...

Eva se tut. Edward la regarda avec des yeux immenses. Elle venait de s'entendre parler... avec une voix d'homme. Mais que se passait-il? Le champagne, elle en avait trop bu.... Elle fit entrer Edward, qui la regardait toujours avec des yeux ronds, et, instinctivement, comme à chaque fois qu’elle passait devant, se regarda dans le miroir de l'entrée.

-         Aaaaaaah! Quelle horreur! Edward hurla à son tour:

-         Quoi? Qu'est-ce qu'il y a?

Eva regarda Edward, hurla de nouveau et de nouveau se regarda dans le miroir. Pas de doutes: c'était un homme qu'elle y voyait. Avec un peignoir en soie rose trop petit. Elle s’approcha du miroir. Le reflet la suivait parfaitement. Eva secoua Edward par les épaules:

-         Mon Dieu, je suis un homme! Edward trembla sous la poigne d'Eva:

-         Ça, je le vois bien!

-         Mais, Edward, tu ne me reconnais pas, c'est moi, Eva! Edward plongea ses yeux dans ceux d'Eva, très longtemps. C'était les mêmes yeux verts, avec quelques points dorés, sans les cils étoffés par le mascara. Eva se mit à pleurer.

-         Mais qu'est-ce qu'il m'arrive? Elle s'effondra dans le sofa et se tint la tête entre les mains. Edward s'assit à côté d'elle.

-         Excuse-moi. Je peux… savoir ta date de naissance? Eva continuait à sangloter:

-         17 août 1920. Pourquoi? Tu veux savoir si je suis bien moi? Tout le monde peut savoir la date de naissance d'Eva O'Flaherty. Edward sembla se dire qu'elle avait raison, et réfléchit.

-         Alors, le surnom que tu me donnes?

-         Little bee. Parce que tu travailles comme une abeille. Elle tourna ses yeux vers lui et sourit à travers ses larmes:

-         Alors, c'est bien moi? Edward sourit à son tour et hésita:

-         Il me semble que c'est bien toi. Il regarda l'homme qu'il avait devant lui. Belle carrure, mains blanches et fortes, cheveux blonds. Qu'est-ce qu'il t'est arrivé?

-         Je n'en sais rien. J'ai passé la nuit dans mon bain à boire du champagne.

-         Tu ne devais pas être avec le petit Garner hier?

-         Il m'a quittée hier soir.

-         D'où le champagne.

-         D'où le champagne. Edward attendit un peu avant de reprendre la parole, et pragmatique, lança:

-         Je vais te prêter des vêtements. Tu ne peux décidément pas rester comme ça.

 

Quelques minutes après, Edward était de retour avec la moitié de sa garde-robe. Eva n'avait pas bougé du canapé. Elle méditait sur ce qu'elle était.

-         Jusque-là, j'avais toujours pensé que les rares avantages des femmes consistaient en leur apparence, mais même pas, dit-elle en enfilant un pantalon. Vos vêtements sont bien plus confortables. Pas besoin de talons hauts, de soutien-gorge... Comment ça s'utilise ce truc? Edward considéra les boutons de manchette et l'aida à les mettre.

-         Alors, comment tu envisages la chose? Eva sourit tristement. Qu'est-ce qu'on va faire, maintenant? Elle soupira:

-         Je n'en sais rien. Je n'y comprends rien. Ce qui est sûr, c'est qu'aussi longtemps que ça durera, tu ne pourras plus me proposer de rôles de jeune première.

Eva était maintenant entièrement habillée. Edward était un peu plus grand qu'elle et elle flottait dans la veste, malgré ses larges épaules. Elle regarda ses doigts dépasser à peine des manches.

     -    Il va falloir me trouver un prénom d'homme, non? Qu'est-ce que tu penses d'Adam? Edward s'assit dans le sofa:

-         Tu as un drôle d'humour... Il soupira. Je trouve que tu prends plutôt bien la chose. Je ne sais pas comment je réagirais si je me levai un matin et que je m'apercevais que je suis devenu une femme.  Eva se glissa à côté de lui. Il sembla gêné.

-         Je suis sûre que tu adorerais ça. Tu pourrais coucher avec des hommes sans avoir peur.

-         Eva!

-         Quoi, ce n'est pas vrai peut-être? Alors que moi, j'aime les hommes, et avec cette apparence de... Enfin bref, c'est compliqué maintenant. Adam prit sa tête entre ses mains. Comment on va faire, pour le tournage de Pour quelques hommes de plus ?

-         Il porte bien son nom, ce film... Eh bien, dans la mesure où on ne sait pas combien de temps ça va durer, ou même si un jour tu redeviendras femme... autant dire qu'Eva est morte. Et que j'ai un nouveau poulain!

-         Quoi, dire que je suis morte? Mais, et les gens qui m'aiment? Un sourire navré se dessina sur le visage d'Edward.

-         Eva...

-         Ne me regarde pas comme ça. Je sais que tu as raison. Adam sanglota. Les gens qui m'aiment, en fait... c'est .. toi. Elle soupira encore. D'accord, Eva est morte...

-         Mais Adam est vivant, et moi, je sais qui tu es. Edward tendit son mouchoir à Adam.

 

 

            La presse se régala du suicide d'Eva O'Flaherty. Une jeune starlette montante suicidée, c'était tout de même plus intéressant que la guerre. Edward Parker avait inventé une noyade à la suite d'un chagrin amoureux, ce qui n'était pas tout à fait faux. On n'avait, ainsi, pas retrouvé le corps de la starlette, ce qui avait évité les problèmes. Edward ne fut pas inquiété, et quand on eût interrogé William Garner, qui confirma la rupture et l'état lamentable dans lequel était sortie Eva, l'évènement perdit de son ampleur.

Et quelques semaines plus tard, Adam Hudson faisait ses premiers pas dans le monde du cinéma.

            Eva était restée enfermée chez elle tout ce temps et s'habituait seulement à son nouveau corps. Le premier jour, elle l'avait examiné sous toutes ces coutures et avait pleuré sur la disparition de ses jolies courbes. Jamais plus elle ne pourrait prendre plaisir à être regardée. Maintenant, il fallait qu'elle apprenne à se servir de ses nouveaux attributs. Ses muscles ne fonctionnaient plus de la même façon et Edward s'était évertué à lui apprendre à marcher comme un homme, sans rouler des hanches, avec des talons plats. Mais c'était une actrice, elle apprenait vite. La seule chose qu'Edward n'apprit pas à Eva, ce fut comment se servir de cet attribut tout particulier qui faisait qu'elle était vraiment un homme. En vérité, Edward ne s'était lui-même jamais considéré comme un homme véritable... Eva apprit donc seule.

En quelques jours, l'impresario ne retrouva plus les manières de sa protégée dans l'homme qu'elle était, à peine s'il restait encore de la féminité dans les mouvements de ses mains et un peu de sensibilité dans son sourire. Mais cela, il ne voulut pas le corriger.

            Eva passa trois semaines à se demander comment, pourquoi cela était arrivé et qui avait produit cela. Elle ne trouva pas de réponse. Mais elle savait comment elle allait en profiter.

           

            Le plateau de Pour quelques hommes de plus était une vraie ruche. Cela s'agitait en tout sens. Script, accessoiristes, acteurs, metteur en scène, tous couraient. Le tournage avait pris du retard. Il avait fallu trouver une remplaçante à Eva et attendre que la police ait terminé d'interroger William Garner. Cela faisait des centaines de dollars de gâchés.

            Adam Hudson, les mains dans les poches, la démarche nonchalante, entra sur le plateau. Tous les regards se tournèrent vers lui. Quelques femmes gloussèrent. C’est qu’il était séduisant. Adam se dirigea vers William Garner, qui attendait que la scène 6 soit reprise. Une maquilleuse en profitait pour retoucher son maquillage. Le coeur d'Adam sauta dans sa poitrine. Tout de même, qu'est-ce qu'il était beau... Elle adorait quand il souriait comme ça, en levant les yeux au ciel, comme un ange. Elle se ressaisit.

-         William? L'interpellé tourna ses yeux vers Adam.

-         Oui, c'est pourquoi?

-         Tu ne me reconnais pas?

-         Non, désolé. William fit un geste pour chasser la maquilleuse.

-         Tant mieux. Et Adam sortit son poing de sa poche pour asséner à William un crochet du droit phénoménal. Il s'écroula par terre, la pommette éclatée.

-         Mais qu'est-ce qu'il vous prend? William releva la tête, une lueur d'incompréhension dans son oeil amoché.

-         De la part d'Eva. Le silence s'était fait sur le plateau. De nouveau, tous les regards étaient tournés vers Adam, qui jubilait. Ça faisait du bien de se venger. La maquilleuse eut l'air horrifié:

-         Mais qu'est-ce que vous avez fait? Vous êtes fou? Je ne vais jamais réussir à cacher ça moi! Elle prit le visage de William entre ses mains. Mon pauvre chou... William grimaça:

-         Betty, laisse-moi tranquille. Adam ragea: c'était pour cette maquilleuse qu'il l'avait quitté? La jalousie la prenait. Edward intervint, le metteur en scène sur ses talons.

-         James, voici Adam, que je voulais vous présenter. James avisa la situation, et ricana:

-         En effet, il est remarquable. En tout cas il s'est déjà fait remarqué. Et s'adressant à Adam: une chance que Garner soit défiguré, non? Tu prendras sa place. Et s'adressant à la maquilleuse: Miss Fry, préparez-le.

Betty s'exécuta. Et Edward adressa un clin d'oeil à Adam tendit que James conduisait William en dehors du plateau. Betty, peu rassurée, demanda à Adam:

-         Pourquoi est-ce que vous avez fait ça?

-         Pour venger Eva. C'est à cause de lui ce qui est arrivé. Et encore, j'ai été gentille, si j'en avais eu le temps je l'aurais... Adam mima avec ses poings le geste de lui tordre le cou. Betty soupira:

-         Vous êtes galant, en fait...  Vous avez bien fait.

-         Mais, vous ne m'en voulez pas?

-         Ben, d'avoir détruit mon travail, si, mais de l'avoir frappé, pas vraiment.

-         Pourquoi vous l'avez appelé « mon chou », alors? Ce n'est pas votre petit ami?

-         William? Mon petit ami? Vous rigolez! Plus maintenant. Betty se laissa aller à la confidence: en fait, William a été le petit ami de toutes les femmes de ce plateau... Et si j'en avais le courage, je lui ferai bien la même chose que vous! Et elle lança son poing dans l'air, faisant voler partout la poudre de sa houppette. Adam se mit à rire.

-         Mais je peux le refaire, si vous voulez.

-         Je ne veux pas être à l'origine d'une bagarre, même si je trouverais ça terriblement romantique...

 

            La journée se déroula pour le mieux. Eva, libérée de toutes les contraintes de jeu liées à sa condition féminine, telles que le fait de se tenir droite, de ne pas pouvoir bouger dans sa robe, de rentrer le ventre, de lever le menton, d'abaisser pudiquement ses yeux, de rectifier sans cesse la position de ses pieds sur le sol et de ne pas faire couler son maquillage, donna le meilleur d'elle-même. Le rôle de William était celui d'un petit fermier jureur et insolent. Elle s'en donna à coeur joie. C'était autre chose que de jouer une petite pimbêche coquette avec la moue sur la lèvre. Elle avait le droit de lancer des insultes pour la première fois de sa vie, et qui plus est, elle était payée pour ça! Ce fut la plus belle, la plus joyeuse, et la plus enrichissante journée de sa vie. Et les vingt-cinq journées suivantes furent exactement pareilles.

            Quand le tournage de Pour quelques hommes de plus fut terminé, Eva ne voulait plus du tout redevenir une femme. Seulement, « ce » ou « celui » qui lui avait fait ce drôle de cadeau en avait décidé autrement: le lendemain du jour où le film fût achevé, qui coïncidait bizarrement avec le matin de noël, elle se réveilla dans la peau de l'Eva d'autrefois. Elle se regarda dans le miroir. Elle était belle. Elle avait retrouvé ses cils étoffés, ses longs cheveux blonds et ses courbes voluptueuses.

           

Tout d'abord, elle pleura beaucoup, mais la première chose qu'elle fit en sortant de sa jolie maison payée par la Warner, ce fut d'aller retrouver William Garner pour lui décocher un formidable et très viril crochet du droit dans la mâchoire.

 

            Eva O'Flaherty, miraculeusement revenue d'entre les morts, redevint L'actrice, la star du moment. Mais elle ne porta plus que des pantalons et ne laissa plus jamais personne lui imposer des rôles de petites pimbêches coquettes avec la moue sur la lèvre...

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